La Isla Bonita

La traversée de Madère vers les Canaries représente 240 miles. On prévoit environ 2 jours et 2 nuits en mer. Notre projet est de se limiter aux 3 îles de l’Ouest : La Palma, La Goméra et El Hierro (pour avoir déjà visité les autres îles des Canaries sac à dos).

Le mardi 31/10 à 13H, nous quittons Madère avec une houle inconfortable, qui ne nous lâchera pas pendant 24H. Quant à Eole, il est très indécis, tant en force qu’en direction… Une constante toutefois, la traversée vers les Canaries se fera au portant (allures de travers à vent arrière), idéal pour mettre le spi (grande voile ronde à l’avant du bateau qui permet d’aller plus vite). Sachant que notre conduite est de n’utiliser le spi que de jour, par sécurité, car cette voile est plus technique en cas d’affalage ou de manoeuvre imposés… Mais… la pleine lune éclairant généreusement la 1ère nuit, nous avons décidé de conserver le spi. Expérience que l’on ne renouvellera pas : tout est plus compliqué la nuit, nos repères visuels changent; le vent est monté brutalement, le pilote automatique a décroché, et le bout* de la “chaussette” qui permet d’affaler le spi s’est pris dans le radar… Bref, pour sauver notre voile, on a coupé le bout* et affalé le spi comme on a pu. Plus de peur que de mal ! [*nom générique donné à une corde sur un bateau]

Après 44 heures de navigation tranquille, nous arrivons au petit matin à l’île de LA PALMA, avec une entrée dans le port de Santa-Cruz fortement remarquée. Alors que nous cherchons l’écluse, seule porte d’accès au port de plaisance, le capitaine du port commercial nous interpelle en espagnol par VHF. Aucun de nous deux comprend. Naïvement, on continue nos ronds dans l’eau, à la recherche de cette écluse… et soudain, 2 gros coups de klaxon nous font sursauter ! Le ferry juste derrière nous, attend pour accoster…

Le capitaine raccomode la chaussette de spi… mais pas que !

La Palma, île en forme de coeur, est tout aussi verdoyante que Madère, mais plus calme et plus authentique. Les villes et villages ont gardé leur cachet, au milieu des bananeraies qui couvrent une grande partie du territoire (principale ressource économique avec 150.000 tonnes de bananes produites par an).

Pour notre plus grand bonheur en ce mois de novembre, on se régale en goyaves, mangues, kakis, avocats…

L’île est traversée par de nombreux barrancos (canyons) qui rendent les randonnées ardues, avec le point culminant à 2.426 M (Roque de los muchachos). Vertigineux !

Sur ce site (excellente qualité de l’air, aucune nuisance lumineuse), on y trouve un observatoire d’astrophysique exploité par de nombreux pays européens, où a été inauguré en 2009 le 2ème plus grand télescope au monde.

Les nombreux sentiers de randonnée sont parfaitement bien référencés sur le site officiel de l’île, et très bien balisés sur le terrain. De plus, on profite d’un bon réseau de bus local pour nous emmener aux points de départ. Et pour les itinéraires plus spécifiques en montagne, on fait appel à un réseau de navettes privées. En résumé, La Palma est un paradis pour les randonneurs… qui se lèvent tôt (en fin de matinée, les hauteurs de l’île sont coiffées par les nuages).

Les chemins de randonnée traversent des forêts incroyablement denses et humides (et d’une richesse exceptionnelle, selon les botanistes… que nous ne sommes pas).

Et sur le littoral, on trouve partout l’euphorbe des Canaries et au Nord, le superbe dragonnier.

La route des volcans…

… le dernier a érupté en septembre 2021 pendant 85 jours : les dégâts sont considérables (villages détruits, routes, exploitations agricoles…). L’île ne s’en est pas encore remise économiquement.

La pointe Sud de La Palma est une belle palette de couleurs avec les salines de Fuencaliente.

Partout flottent des airs de musique cubaine, dans les bars, restos, boutiques, marchés, dans les rues où sont organisés les concerts. Les Canariens vivent au rythme de cette musique, chez eux et dans leurs voitures. Aussi, les immigrants partis à Cuba en quête de fortune, instaurent à leur retour au milieu du XIXème, la culture du tabac et la fabrication de cigares, qui perdurent encore aujourd’hui. Les liens entre l’Espagne et son ancienne colonie sont restés très serrés, malgré les nombreux évènements politiques qui ont frappé Cuba au cours des siècles. L’architecture fait aussi penser à Cuba, non ?

Depuis notre arrivée aux Canaries, on découvre que le stop existe aussi en bateau… Nous recevons 2 à 3 demandes d’embarquement par semaine, via le chat de Navily ou en direct, pour le Cap Vert et/ou les Antilles. Ce à quoi nous répondons à chaque fois, que l’équipage est au complet ! D’une part, la transat est un moment fort de notre voyage que l’on souhaite ne vivre qu’à deux. D’autre part, nous connaissons trop la promiscuité en bateau, pour partager notre espace “réduit” avec des personnes fraîchement rencontrées. Sans parler des nombreuses histoires dont on a eu vent, qui se sont mal terminées !

Prochain rendez-vous à La Goméra et à El Hierro… avant de tracer vers le Cap Vert. Hasta luego !

2 réponses à « La Isla Bonita »

  1. Avatar de veroplou
    veroplou

    Reportage très intéressant sur une île que nous avons zappée…. J’ai hâte de lire sur la Gomera, également zappee….. le globe est si grand 🤪 Bateau-stoppeur: je confirme : totalement à éviter.
    A l’unanimité, c’est source de grosses galères …..Sur Bigouden, se fut une cata, expérience identique pour tous les autres bateaux rencontrés au Brésil, qui avaient fait ce choix …..plus jamais 👎

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  2. Avatar de Kermary
    Kermary

    Magnifique!!! J’avais eu un gros coup de coeur pour Tenerife je mets la palma sur ma liste pour le jour où j’y retournerai. Merci pour les notes explicatives des termes technique c’est apprécié. Du coup je connaissais le mot bout je me sens donc hyper calé en termes nautiques ^^

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