Cap sur Pico, la deuxième plus grande île des Açores et la plus récente (300.000 ans), qui lui confère des paysages particuliers.
25 miles nautiques la séparent de Faial, une navigation courte qui nous fait arriver en début d’après-midi au petit port de Lajes do Pico. La seule place disponible est contre le quai en béton… avec un paramètre que nous avons oublié depuis 4 ans : le calendrier des marées. On se doit de prendre en compte le marnage pour plus ou moins tendre les amarres, au risque de retrouver Mangaliz pendu au quai ! José, le capitaine du port, promet de nous garder la prochaine place qui se libérera au ponton (aucune réservation n’est possible dans ces petits ports; « premier arrivé, premier servi »).



La Garde Nationale Républicaine vient nous rendre visite (Mangaliz est en règle depuis les formalités faites à Horta), et passe un moment à discuter de notre voyage aux Açores, de notre région de provenance en France… très sympa !
Le lendemain, comme convenu, José nous propose une place « bras dessus, bras dessous », comprendre « à couple d’un autre voilier ». Nous y restons une bonne semaine.



Lajes do Pico, capitale de l’île, est calme et charmante avec ses ruelles pavées, ses hortensias et roses trémières, ses vieilles maisons joliment restaurées.





La ville a longtemps été le centre de chasse à la baleine.
Cette activité économique rythmait la vie de nombreuses îles des Açores : de la fabrication des baleinières (bateaux typiques adaptés aux conditions locales), au dépeçage des cachalots en passant par la confection des outils nécessaires à chacune de ces étapes. Les charpentiers et ferronniers contribuaient pour beaucoup à la construction de ces embarcations, à la fois à la voile et à rame.
La chasse mobilisait à temps plein les guetteurs de mai à décembre, alors que les marins avaient des métiers qui pouvaient être variés et éloignés de la mer. Agriculteurs, coiffeurs, boulangers, artisans… abandonnaient immédiatement leur tâche pour se rendre au port, quand la fusée lancée par le guetteur annonçait le passage d’un cétacé près de leur île.


Les baleinières mises à l’eau (entre 6 et 8 hommes à bord), s’approchent alors de leur proie sous voile, puis replient le mât pour finir de se placer à la rame au plus près du cétacé qui mesurait souvent plus de 2 fois la longueur de leur esquif. Le rameur à l’avant harponne la baleine ou le cachalot, et les 300 M de ligne fixés au harpon se déroulent lors de la descente du cétacé. Quand la bête refait surface pour respirer, le harponneur se munit d’une lance à bout tranchant avec laquelle il frappe l’animal jusqu’à sa mort.
L’équipage n’a plus qu’à remorquer le cétacé jusqu’à la côte où il est hissé sur une cale grâce à un treuil, avant d’être dépecé et transformé (huile, farine, produits dérivés).


Dans les îles visitées jusque-là, nous ressentons l’importance qu’a eu cette activité lucrative jusqu’en 1987, et tous les sites sont aujourd’hui ouverts au public (tout de guet, hangar à baleinière, usine de transformation) et chaque île à son propre musée.
Aussi, de nombreuses agences organisent des excursions d’observation des cétacés, très présents aux Açores. D’ailleurs, entre Faial et Pico, nous avons eu la chance de voir un gros bestiau suivre un banc de dauphins : cachalot ou rorqual ?
Alors que nous sommes au port, on entend régulièrement pétarader dans la montagne. Nous essayons de tenter une explication, en concluant probablement des tirs de chasseurs; mais chasseurs de quoi, sachant que dans ces îles volcaniques, on ne trouve que des petits lapins en pagaille et des oiseaux marins….
Après investigation auprès des habitants, ce sont tout simplement des pétards pour la Pentecôte. Nous apprenons au fil de nos pérégrinations, que la fête bat son plein le WE de la Pentecôte, et perdure jusqu’à l’été : ce sont les fêtes do Esperito Santo. Messes, fanfares, défilés, processions, soupes populaires rythment la vie des Açoréens pendant ces festivités joyeuses.


Une autre scène incroyable : alors que nous prenons un pot sur une terrasse de café, une femme passe avec un gros pain sous le bras. Toujours à l’affût de bon pain frais, nous lui demandons l’adresse du boulanger. Elle sourit et nous répond très gentiment qu’elle l’a reçu à l’occasion des fêtes do Esperito Santo. Elle nous tend le pain pour qu’on en coupe un morceau; sur nos refus, elle insiste et insiste encore. En fait, c’était une brioche absolument délicieuse !
Depuis notre arrivée aux Açores, nous ressentons fortement la fierté d’identité des habitants. Règne aussi un grand esprit de solidarité et de partage, dans ces îles volcaniques où les Hommes ont trimé pour y développer l’agriculture et l’élevage. Et la rudesse persiste pendant les hivers, alors que l’archipel est battu par tous les vents et l’océan. Nous retrouvons cet élan de générosité lors des fêtes do Esperito Santo (distribution de nourriture aux plus pauvres, soupes populaires auxquelles nous n’avons pas osé participer bien que l’office du tourisme nous a incités à le faire).
Ces festivités sont fermement ancrées dans la tradition des Açores, renforcée par les difficultés et l’isolement qui caractérisent ces îles.
Le réseau de bus est très limité sur l’île, avec des horaires conçus pour les habitants qui travaillent. Nous optons donc pour une voiture de location pendant quelques jours, visites et randonnées au programme.
Le centre de l’île très humide, présente un paysage verdoyant de plateaux et collines (où paissent les nombreux troupeaux), ponctué d’anciens cratères volcaniques et de lacs. Ambiance paisible !








La côte Nord est surprenante avec ses paysages de lave s’avançant dans la mer, et ses villages construits en pierre basaltique.






En se promenant sur les champs de lave, on y découvre arches volcaniques, lave plissée, côte découpée…



… et les piscines naturelles, souvent aménagées en l’absence de plage.


La religion (catholique) est très présente aux Açores et joue un rôle central dans la vie quotidienne. Les églises, très fréquentées, sont imposantes même dans les plus petits villages.


Les ressources de l’île sont la pêche (notamment au thon), mais aussi l’agriculture : fruits, lait (le seul beurre produit est salé), fromage et vin. Que d’excellents produits !





Alors qu’il n’y a aucune source naturelle à Pico, on trouve de l’eau potable partout, même en dehors des villages, sur les chemins de randonnée : les fontaines sont alimentées par les eaux pluviales traitées…


Le vin de Pico est renommé (autrefois très apprécié par le tsar russe), et est principalement produit sur la côte Ouest. Les vignobles donnent un paysage étonnant : pour protéger les ceps du vent et des embruns, des murs en pierres de lave sont bâtis et forment de petits enclos, avec des passages entre les currais. Les premiers pieds de vignes (cépage Verdhelo) ont été importés au XVème siècle par des moines franciscains. Mais l’île très récente et ses sols pauvres, a imposé de transporter de la bonne terre de Faial à Pico.
Un excellent musée à Madalena (port principal de l’île) raconte l’histoire vinicole de Pico.







Avec une météo bien nuageuse, nous quittons Pico pour l’île de Sao Jorge.



L’archipel des Açores est un petit paradis paisible, d’un vert luxuriant et aux décors somptueux, avec un accueil hors du commun. On n’attend plus que l’été !
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