En ce 1er Juillet, Béryl un Ouragan de catégorie 5, balaie les territoires de Saint-Vincent-les-Grenadines et de Grenade.

Le lendemain, alors que nous sommes rassurés de n’avoir subi aucun dommage à bord de Mangaliz, nous apprenons par différents canaux que les dégâts sont considérables : les îles de Canouan, Mayreau et Union (état de Saint-Vincent-les-Grenadines), Petite Martinique et Carriacou (état de Grenade) sont totalement rasées, et coupées du monde (sans électricité, ni réseau téléphonique et internet). Les cultures au Nord de Grenade sont
également touchées.
Pour nous qui projetions de passer l’été dans l’archipel des Grenadines, il est impensable de ne pas venir en aide à ces populations qui ont tout perdu en quelques heures. Nous ne voulons pas agir individuellement, mais plutôt collaborer avec une organisation existante.
Le 3 Juillet, constatant que rien ne se mettait en place au port de Rodney Bay (notre merveilleux abri !), nous décidons de prendre les choses en main. Pour commencer, nous interrogeons La Marina pour savoir si une action est prévue; le personnel surpris par la question, et devant notre obstination, nous communique le numéro de téléphone de La Croix Rouge de Sainte-Lucie. Là commence une grande aventure…
On compose le numéro; la personne au téléphone nous répond ne pas avoir connaissance d’une action particulière suite à Béryl, mais promet de se renseigner. Quelques minutes plus tard, nous recevons un sms confirmant que rien n’est prévu. Moins d’1 heure après, le Président de La Croix Rouge de Sainte-Lucie « Mister Pierre » nous contacte. Nous lui proposons de rassembler des bateaux de plaisance pour transporter les dons éventuels. Conquis par l’idée, il nous informe qu’il fait un appel aux dons le soir même à la TV de Sainte-Lucie.
On enchaîne par un tour des pontons, pour recruter des bateaux et/ou récolter des dons. Face à cette catastrophe, nous sommes surpris par le peu d’engouement de certains plaisanciers à aider…


Les jours suivants, quelques dons privés arrivent au bateau (vêtements, jouets, bonbonnes d’eau minérale, sacs de pâtes), et 3 bateaux se manifestent pour convoyer avec nous.


La communication est compliquée avec Monsieur Pierre : un anglais parlé avec l’accent créole très prononcé, et la difficulté de connaître les volumes des dons déjà collectés (peut-être n’avait-il pas de visibilité lui-même ?).
Le 06 Juillet au matin, comme convenu, une collecte de dons arrive à la Marina… 2 véhicules se garent, bennes pleines de gros cartons. On apprend qu’ils contiennent 400 filtres à eau pour produire 190 tonnes/jour d’eau potable. En effet, sur les îles dévastées, les dessalinisateurs ne fonctionnent plus, et la récupération de l’eau de pluie est devenue impossible après la destruction des toits…



Sous une chaleur écrasante (32°C), nous chargeons Mangaliz au maximum de sa capacité pour évaluer la place nécessaire sur les autres bateaux… qui se désistent les uns après les autres. On est dépités.


L’après-midi, un 3ème véhicule arrive ! On se sent seuls et dépassés par les événements. On montre à l’équipe le stock de cartons que l’on n’a pas pu charger faute de bateaux, déposé sous un préau à l’abri de la pluie. Tous sont surpris. Le chef de l’équipe ouvre un des cartons; une vive discussion commence…


En voici les explications… Le camion qui vient d’arriver apporte comme convenu, les dons collectés par La Croix Rouge. Mais cette dernière s’est faite « doubler » par l’association Caritas Antilles venue livrer les filtres à eau le matin (c’est l’équivalent du Secours Catholique en France). Nous avons tenté d’expliquer à La Croix Rouge que personne ne nous avait informés de cette livraison de Caritas. Devant cette arrivée inattendue de dons et suite au désistement des plaisanciers quelques heures avant, le camion repart. A nous de retrouver d’autres bateaux volontaires pour convoyer les dons, trop nombreux pour Mangaliz… Aussitôt, nous contactons Edouard, co-fondateur de Navily (application pour la plaisance que nous utilisons quotidiennement). Il adresse sans hésiter un mail aux 400 bateaux présents dans la zone entre la Dominique et Grenade, connectés à Navily durant les 20 derniers jours. Nous publions également un post sur 2 groupes Facebook de plaisanciers.
Le lendemain 07 Juillet, on comptabilise plus de bateaux que le volume de dons restant à convoyer… Nous rappelons La Croix Rouge pour l’en informer, et négocions avec la Marina un emplacement pratique au chargement des bateaux.


La partie logistique est enfin terminée ! Tout est calé avec La Croix Rouge pour la livraison du dernier camion, ainsi qu’avec 4 autres bateaux « convoyeurs ». Les formulaires d’autorisation de naviguer avec des chargements ne nous appartenant pas, sont adressés aux autorités. Les RDV sont pris avec les différents intervenants de la Croix Rouge et Caritas pour le déchargement des bateaux à l’île de Grenade. Ces organisations se chargeront de répartir les dons sur les autres îles, selon les besoins.
130 milles nautiques séparent Rodney Bay du port de Saint-Georges à Grenade. Il est déconseillé de naviguer de nuit, à cause des éventuels objets flottants, débris, branchages… que l’on pourrait percuter. Nous prévoyons donc de faire la traversée sur 2 jours avec une escale aux Grenadines.
Le 09 Juillet aux aurores, nous prenons la mer avec l’un des 4 bateaux, chargé et prêt à partir. Nous ferons la route ensemble jusqu’à Grenade. Les 3 autres chargeront les dons de La Croix Rouge dans la journée.
La navigation est longue pour redescendre Sainte-Lucie et Saint-Vincent; peu de vent et un fort courant contraire nous font arriver à la nuit sur la 1ère île des Grenadines : Bequia. On s’étonne de voir des feux de mouillage de plaisanciers à Port Elizabeth… Au lever du jour, nous constatons une baie quasiment intacte, avec de nombreux plaisanciers au mouillage, comme si rien n’était arrivé. Pendant que l’autre bateau répare en urgence un hublot, nous allons prendre la température à terre : les habitants reprennent leur esprit, les commerces rouvrent peu à peu leurs portes, quelques maisons ont perdu leur toit, mais globalement, Bequia a subi peu de dégâts… Quelle bonne surprise !



Le 10 Juillet, nous repartons en début d’après-midi après que la réparation du hublot soit terminée, et prévenons nos interlocuteurs d’une arrivée à Grenade avec une demi-journée de retard. À la nuit tombée, nous faisons escale à Chatham Bay, sur l’île d’Union. Seule une lumière à terre scintille (probablement une ampoule à chargement solaire), alors que cette baie magnifique est normalement occupée par un hôtel luxueux et de nombreux bars/restaurants.
Le 11 Juillet au lever du jour, c’est un choc. Nous découvrons le désastre opéré par Béryl. Les bâtiments sont en ruines, les arbres déracinés, la végétation déchiquetée, il ne reste rien… Le seul signe de vie est un coq, dans cet univers de désolation. Au moment de lever l’ancre, une grosse branche s’est bloquée dans les maillons de la chaîne… on galère pour la dégager. On imagine que les fonds sont recouverts de débris, bois…




Il reste 40 milles avant notre destination finale. Nous longeons l’île de Carriacou, totalement dévastée aussi; les nombreux bateaux de plaisance à Tyrell Bay sont à la côte, les uns sur les autres. Au fil des milles, nous prenons conscience de la violence de Béryl et de l’impuissance de l’Homme face à ces événements climatiques…
Dès que l’on capte du réseau téléphonique, nous prévenons La Croix Rouge et Caritas d’une arrivée prévue vers 13h au port de Saint-Georges.
Nous longeons l’île de Grenade qui semble n’avoir été touchée qu’au Nord.


À notre arrivée, le 1er bateau est déjà là après 24h de navigation sans escale au départ de Rodney Bay. Les 2 derniers bateaux arriveront en fin de journée. À présent, nous allons aux services des douanes et de l’immigration, accomplir les formalités d’entrée pour avoir le droit de décharger nos cargaisons de filtres à eau.



Dernière ligne droite le 12 Juillet au matin : nous déchargeons les 2 derniers bateaux arrivés la veille au soir, avec le reste des dons collectés par La Croix Rouge… avant l’arrivée d’une pluie battante qui durera toute la journée !


Nous sommes fiers d’avoir initié cette opération à Sainte-Lucie, malgré l’énergie et la persévérance qu’elle a demandées. Nous avons été largement récompensés par les 2 associations, en reconnaissance, sourires et remerciements.

Merci à tous pour ce travail d’équipe ! (Bateaux Lady Jane, Grischa, Grand Tour et Gilly B).
Nous saluons également l’opération de grande envergure mise en place à l’île de Trinidad par les plaisanciers Américains. Leurs réactivité, dévouement et organisation sont impressionnants et exemplaires.
Extrait de la Newsletter de Navily : OURAGAN BERYL
« L’ouragan Beryl a fait beaucoup de dégâts à Grenade et Carriacou et Sylvain et Sandrine sur Mangaliz nous ont demandé de les aider à trouver d’autres bateaux pour acheminer les dons de la Croix Rouge depuis Saint Lucia. Merci à eux pour leurs actions et à tous ceux qui ont répondu à l’appel et qui sont en ce moment en chemin vers Grenada. Une nouvelle preuve du bel esprit de la communauté Navily. »
Edouard, co-fondateur de Navily
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